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28.02.2007

Aprés et avant...Avant et aprés(1ère suite)

Quelques années plus tard, toujours avec un groupe de chant choral, j'ai eu la chance de participer à ce que l'on peut appeler:"Le premier camp européen" sur le site de La Loreleï

Tout ceci m'a apporté des données positives sur ce que les Allemands étaient susceptibles d'entreprendre lorsqu'ils se trouvaient dans un système démocratique et libre... Malheureusement, j'ai eu aussi l'occasion , au cours d'un voyage avec un groupe de jeunes Français dont j'avais la responsabilité, de visiter le camp de concentration d'Auschwitz.
"Arbeit mit Frei" avaient gravé les nazis sur le portail d'entrée. C'est là peut être que j'ai le mieux compris la différence qui pouvait exister entre une nation, un peuple, et l'idéologie véhiculée par certains de ses dirigeants.

N'aurait-on pu prévoir ce qui allait découler de la prise de pouvoir des nazis en Allemagne? N'aurait-on pas pu éviter cette catastrophe planétaire quelques années avant que Hitler et ses comparses ne mettent l'Europe , et le monde , à feu et à sang?

27.02.2007

Aprés et avant...Avant et après...

Est-ce que cette période de 1939 à 1945 n'a été qu'un passage de ma vie ou a-t-elle marqué durablement mon existence? Tous les gens de ma génération ont eu leur enfance volée par cette guerre, plus que leur enfance même. De 9 ou 10 ans à 16 ou17 ans, nous n'avons vécu que dans la crainte du lendemain, bien content d'être encore en vie chaque matin, sans aucun fête ni réjouissance quelconque.

Ce cataclysme terminé, nous ne voulions pas que cette haine entre les peuples se perpétue alors que nous étions conscients qu'il s'agissait en réalité d'un choix idéologique de quelques uns contre la majorité des autres.

C'est peut-être pourquoi en 1948, alors que j'étais Eclaireur de France, nous sommes partis, une dizaine de garçons et autant de filles, camper en Autriche. Nous n'avions aucune possiblité financière d'entreprendre un tel voyage. Nous avons pu profiter des offres de l'Armée française pour participer à ce camp international. Si nous n'avons pu cotoyer de jeunes allemands, ce furent de jeunes Aurichiens qui furent nos hôtes et avec lesquels nous nous sommes parfaitement entendus, malgré la barrière de la langue.

En 1950, appartenant à un groupe musical de chants et danses, nous avons sillonné une partie de l'Allemagne occupée par les troupes françaises. L'accueil y fut, sinon très chaleureux, tout au moins fort courtois.

26.02.2007

1945(Les atrocités)

Si nous savions par nos camarades que leurs pères prisonniers en Allemagne vivaient au gré des colis que leur distribuait la Croix Rouge, nous avons été profondément choqués lorsque les premiers déportés survivants sont apparus, sur les journaux tout d'abord, sur le quai des gares ensuite.

Le déportés de Touraine revenaient presque tous de Buchenwald. Nous pensions, malgré toutes les informations diffusées par la radio et les journaux, malgré leur aspect squelettique dans leur tenue rayée, qu'il s'agissait d'une exception pour des prisonniers de droit commun. Ce n'est que quelques semaines plus tard que la triste vérité est apparue dans toute son horreur. Ces camps faisaient partie d'un système réfléchi d'extermination totale d'êtres humains. Nous commencions à ne plus confondre les Allemands ou les Italiens avec les "nazis" et les "fascistes" qui enfermaient des hommes, mais aussi des femmes et des enfants dans des "mouroirs" pour bêtes humaines.

Les fêtes de la "Libération" et de la "Victoire" sont bien loin maintenant de ces horribles réalités que l'on découvre peu à peu. Le pays se reconstruit, la vie redevient plus normale...mais à quel prix?

25.02.2007

1945(La Victoire)

Nous étions en cours de maths lorsque le surgé( le surveillant général)est venu interrompre les cours pour annoncer que la guerre était enfin terminée. Ce fut une explosion de joie, comme une seconde "Libération" dans tout le Lycée. Ce 8 Mai fut une véritable fête dans toutes les rues, dans tous les quartiers de la ville, même dans ceux qui avaient le plus souffert.
Comme notre classe n'avait pas d'examen à préparer en fin d'année scolaire, nous ne faisions guère d'efforts, aussi bien pour prendre en note les cours que pour y assister. Malgré les remarques acerbes de certains professeurs et de l'administration du Lycée, notre travail en dilettante se répercuta bientôt sur nos notes.
Nous découvrons, après tant d'années d'austérité, qu'il fait bon flâner sur la Place du Palais redevenue Place Jean Jaurés. Nous y retrouvons nos "plateaux" qui, elles, sont aux Lycée Balzac. La discipline y est encore plus stricte mais elles trouvent mille raisons valables pour sortir. Tant et si bien qu'un de nos professeurs, un peu plus "réac" que les autres , écrit un article dans le quotidien local qu'il titre:"Place de la Foire aux Filles".

24.02.2007

1945(Nos problèmes avec les profs)

Le professeur de Français à qui l'on avait confié notre classe, n'était pas l'un de nos amis, loin s'en faut. Nous savions par quelques camarades lycéens qui se "fourvoyaient" avec nous qu'il qualifiait notre groupe de "ramassis de jeunes écervelés incultes et incapables de comprendre ce qu'était la littérature". Nous lui rendions bien ces réflexions acerbes, en n'étant que des élèves dociles qui ne participaient pas directement au cours.

Lors d'un de ses cours justement, qui était consacré aux stances du Cid, l'un d'entre nous qui, il faut le reconnaître n'avait guère préparé l'exposé qu'il devait faire sur ce sujet, fut interrompu brutalement par un :"sombre crétin, vous n'avez rien compris à Corneille". Le professeur en question libéra alors toute sa rancoeur accumulée contre nous. Nous ayant demandé le nom de notre promotion, il se lança dans une diatribe;"Ah!oui!, Alerte à la bêtise. Alerte à la paresse, Alerte à la nullité qui émane de vous...La fin du cours sonna aussi la fin de ses insultes . Nous sommes sortis dignement et avons tous hérité de trois heures de "colle" pour le Dimanche suivant.

Telle était notre vie de Normalien au milieu de cet univers bourgeois.

23.02.2007

1945(Au Lycée)

Alors que nous continuons à courir et à jouer lors des récréations, les autres lycéens se réunissent pas petits groupes et discutent. Ils ne comprennent pas non plus notre langage quelque peu ésotérique qui, il est vrai, ne peut s'adresser qu'à des initiés:"Le plateau" est la fille(ou le garçon pour les filles) qui a été reçue à la même place que nous. "La famille" correspond, elle, à la liste de tous les anciens, garçons ou filles ayant été reçus avec le même numéro d'entrée.

Certains de nos professeurs sourient avec bienveillance devant ce "folklore" d'un autre âge, et admettent que les circonstances de notre concours d'entrée nous portent à quelques excès sans conséquences. Certains, nous suspportent, sans plus. D'autres sont franchement hostiles et nous le font savoir.

Nous avions des cours de Français supplémentaires pour remplacer ceux de Latin et de Grec que les autres lycéens avaient quotidiennement. Etions nous si nuls dans cette matière pour qu'il apparût comme nécessaire de nous ajouter quelques heures?

21.02.2007

ANNEE 1945(début de l'année)

Si nous n'avons pas encore les moyens matériels de fêter dignement ce 1er Janvier de la "Libération", alors que dans bien des familles, des être chers sont encore absents, nous essayons malgré tout de marquer particulièrement ce début d'année.

Tout semble se dérouler pour le mieux au niveau militaire. Il n'en est pas de même au niveau de notre scolarité lycéenne. Nous , les enfants de "pauvres", nous sommes systématiquemlent dénigrés dans ce milieu qui, jusqu'à présent était réservé aux enfants de la haute bourgeoisie tourangelle.

Il est vrai que nous nous conduisons comme des enfants "dissipés", imposant à ceux qui n'y comprennent rien, cet espèce de folklore normalien consacré et transmis par les anciens. Nous portons tous, à la différence des autres, une blouse grise avec comme ceinture une cordelière bleue, reste de suspente de parachûte. Deux brins inégaux pendent le long de notre cuisse, le plus court n'a qu'un noeud puisque je suis en 1ère année, le second, le plus long autant de noeuds que le nombre représentant notre place au concours d'entrée. J'étais septième, j'avais donc sept noeuds à ma cordelière.

Chaque année représente un promotion qui porte un nom. La nôtre s'appellera "promotion Alertes" en souvenir de nos pérégrinations tant scolaires que familiales.

1944(Fin de l'année,suite)

Malgré la"libération", l'année se termine dans une certaine morosité, car la guerre n'est pas terminée.Avec les mauvais jours l'aviation ne peut guère intervenir alors que les Allemands en profitent pour lancer leurs dernières troupes valides dans une attaque foudroyante dans les Ardennes. Il avancent sensiblement au travers des lignes alliées, un peu éparpillées en raison de leur progression rapide. La peur du retour sous le joug de l'occupant nous tenaille encore quelque temps.

Heureusement, au bout de quelques jours, le ciel s'éclaircit et la suprématie aérienne des alliés stoppe définitivement les troupes ennemies.

C'est seulement maintenant que nous apprenons la conduite patriote de certains curés au sein de la résistance. Nous découvrons aussi que des religieuses ont caché des enfants juifs pour leur éviter ce que nous croyions encore n'être que la prison alors que c'était, nous l'apprendrons plus tard, la déportation et la mort. Pendant ce temps, le Pape bénissait les armées allemandes et italiennes avant leur départ pour les différents fronts.

20.02.2007

1944(Après la libération de Tours)

Tout le monde a entendu parler du massacre d'Oradour sur Glane, mais peu de gens se sont intéressés à un petit village de Touraine:"Maillé" qui a subi le même sort
Un joueur de rugby de Tours s'était réfugié avec sa famille dans ce petit coin tranquille. Un matin, il est parti chercher du ravitaillement dans une ferme assez éloignée. Le soir, lorsqu'il est rentré, il était le seul survivant du village. La tristement célèbre division "Das Reich" était aussi passée par là et avait tout détruit, tout brûlé, y compris les femmes et les enfants.

La vie quotidienne va reprendre lentement son cours. Les autorités nous rappellent que la guerre n'est pas terminée. Il faut toujours camoufler ses lumières le soir. Le rationnement subsiste et certaines denrées sont encore introuvables.

Je rentre en seconde au Lycée, car les Ecoles Normales ont été fermées sur ordre du gouvernement de Vichy...et il n'est pas encore temps de les réouvrir.

19.02.2007

1944(Fin de l'occupation)

Le temps passe. Des "maquisards" sortent des bois et viennent prendre position jusque sous les fenêtres de la ferme. Enfin, la nouvelle éclate comme un bombe, mais de joie cette fois. le 2 Septembre ,5 ans juste après la déclaration de guerre, Tours est libérée . Dès le 4, mon père et moi rentrons à vélo sur Tours. La ville est devenue folle.

La liesse populaire; bien compréhensible après tant d'années de souffrance laisse place aux débordements qui ternissent quelque peu le succès des alliés sur les armées allemandes.

Les femmes qui se sont plus ou moins compromises avec les soldats allemands sont emmenées et tondues sur la place du Palais. Parfois, même elles sont déshabillées et jetées au milieu des poissons rouges Des "collabos" comme on les appelle sont promptement emprisonnés et certains fusillés après un simulacre de jusgement.

Il est certain que les découvertes que nous faisons ne sont pas de nature à calmer la colère populaire. S'il y a eu excès, on peut tout de même comprendre ces pulsions réactionnelles qui poussent les survivants d'une tragédie à ne rien pardonner.

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